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Réflexion sur la langue Corse



Corse Langue Romane

La Langue Corse
La Langue Corse
La langue corse s'intègre dans la famille des langues romanes, c'est-à-dire des langues issues du latin, et plus précisément dans le groupe italo-roman. On sait très peu de choses de ce qui était parlé en Corse avant l'arrivée des Romains, entre les deux premières guerres puniques : quelques traces de substrat affleurent dans la toponymie ou dans quelques désignations comme talavellu « asphodèle », muvrone « mouflon »…
Aux premiers siècles de la conquête romaine, la Corse et la Sardaigne constituent une seule province, et sont sans doute linguistiquement très proches. Puis la Sardaigne se replie sur elle-même, alors que la Corse est intégrée à la sphère de rayonnement toscan. C'est à cette époque que se constitue, pour l'essentiel, la physionomie de la langue corse d'aujourd'hui. Celle-ci conserve des mots (veculu « berceau », nimu "personne", ava(li) "maintenant") et des tournures (mammata « ta mère », babbitu « ton père », omu sà "on sait") qui n'existent plus en italien moderne mais renvoient à la langue de Dante.
Plus tard (à partir du XIIème siècle) la Corse passe sous domination génoise. Mais cette colonisation —excepté à Bonifacio, isolat génois en Corse— n'a que peu d'incidences linguistiques : en effet l'administration génoise utilise le toscan, c'est-à-dire ce qui deviendra la langue nationale italienne— par exemple pour fixer la toponymie. Quelques mots cependant remontent à cette époque : u scagnu « le bureau », u mandile « le mouchoir »... L'influence du français sur le corse, qui aujourd'hui va croissant, se fait sentir par-dessus tout dans le vocabulaire référant à la vie moderne.

Unité et diversité de la langue Corse

Réflexion sur la langue Corse
Relativement unie du nord au sud, la langue corse connaît néanmoins, sur l'ensemble de l'île, des variations. Ces dernières sont d'ordre phonétique (u pane, « le pain », se prononce u banè au nord et u pani au sud, « four » se dit fornu au nord et furru au sud), morphologique (« je voudrais » se dit volarebbe au nord et vurria au sud), lexical (« le chien » se dit u cane au nord et u ghjacaru au sud). La variation lexicale est particulièrement riche dans les domaines comme la faune et la flore : on n'a pas moins de vingt-cinq noms pour désigner la coccinelle !
La variation constitue l'objet d'étude des Atlas linguistiques, qui représentent les faits de langue sous forme cartographique. En Corse, il en existe trois. Celui d'Edmont et Gilliéron, dont la publication, qui débute en 1914, n'a jamais été terminée. Celui de G. Bottiglioni (1933-1942) offre 2001 cartes.
Enfin, le Nouvel Atlas Linguistique de la Corse est en cours de publication (on en est au volume III). Il est articulé sur une Banque de Données Linguistiques Corses, présente sur internet :  http://www.bdlc.ac-corse.fr , qui, à partir d'enregistrements réalisés auprès des personnes dont le corse est la langue maternelle, se donne comme objectif de recueillir, consigner, analyser, et enfin restituer la langue corse dans toute sa richesse.
Illustration : les noms de la coccinelle
Certains domaines linguistiques sollicitent tout particulièrement l'imaginaire populaire et témoignent sans doute de croyances magico-religieuses anciennes. Il en est ainsi de la coccinelle, qui, au hasard des localités, connaît les désignations poétiques de :
Ciriola, cinciriola, ciattariola, bulellu, bolellucciu, bulabulella, barabulella, viola, bella viola, figliola, signurella, duvinellu, induvinella, capitu mantellu, mulinella, madunina, spusatella, santa lucia, catalina, catalinetta, mumù di u nostru signore, san martinu, gallina di u signore, fasgianella, prunicella, cuchjarella d'oru.
Tous ces termes donnent lieu à des comptines ou à des formulettes, qui évoquent le vol tournoyant de la coccinelle, et la relation qu'elle est chargée d'établir avec l'au-delà.
Source : Banque de Données Langue Corse— CNRS-Université de Corse.

De l'oral à l'écrit

Réflexion sur la langue Corse
Le corse possède une tradition orale beaucoup plus ancienne et vivace que la tradition écrite :
on ne connaît pas de documents écrits en corse remontant au-delà du XIXème siècle.
Il faut dire que, jusqu'à cette époque, c'est l'italien qui joue le rôle de variété écrite, le corse étant la variété parlée. C'est aussi l'italien qui sert de variété de prestige, réservée aux classes cultivées. Il y a donc une véritable complémentarité entre corse et italien, de l'ordre du niveau de langue, complémentarité renforcée par la très forte parenté des deux variétés. A partir du milieu du XIXème siècle, le français —qui était, depuis la Révolution, la langue officielle, mais demeurait peu connu et pratiqué— s'implante effectivement au détriment de l'italien. Cette rupture du couple corse-italien favorise sans doute l'accession du corse à l'écriture ; elle favorise aussi une affirmation de l'originalité du corse, non seulement en face du français mais aussi en face de l'italien.

La littérature orale, dont le souvenir est encore bien vivant aujourd'hui, et où l'improvisation tient une grande place, est riche de nombreux « genres » qui rythmaient la vie des hommes : les  fole sont des contes merveilleux pour les veillées, les stalbatoghji des histoires plaisantes, le chjama è risponde une improvisation alternée. La vie enfantine est agrémentée de nanne (berceuses), filastrocche (comptines), ghjiratonde (rondes)… alors que voceru et lamentu accompagnent la mort...

Des mots venus d'ailleurs

On a du mal à croire que le fiadone, gâteau à base de brocciu, tire son nom d'un mot francique : FLADONE, qui donne le français flan, ou bien que les bastelle, confectionnées pour la fête des morts, remontent au germanique WASTIL, ou encore que le terme i vaghjimi, qui désigne « l'automne » dans le sud de la Corse, provient également d'un terme germanique WAIDANJAN, de même que valdu (baldu, gualdu) "la forêt" du germanique WALD.

C'est que la Corse a connu, comme l'ensemble de l'Europe méridionale, une influence germanique, qui a transité par le toscan. Mais la force d'assimilation d'une langue est telle qu'il est souvent difficile de déceler, sous un terme désignant une réalité culturelle bien intégrée, un emprunt à une langue étrangère.

La Toponymie

Les noms de lieux sont un témoin privilégié du temps qui passe.
Les racines KORS, CAL, CUCC, OR, qui se retrouvent dans de nombreux toponymes (à commencer par le nom même de la Corse ou celui de diverses montagnes) renvoient à d'anciennes langues parlées tout autour de la Méditerranée avant la diffusion du latin.
D'autres toponymes en revanche renvoient à des réalités beaucoup plus récentes: nuvale (ou nivale) désigne la terre qui a été laissée en jachère, suarella (suarichju, suartellu…) un lieu planté de chênes-lièges, vignale, vignetta ou vignola un terrain planté de vignes et parata une madrague, c'est-à-dire un lieu aménagé pour la pêche au thon.
A l'époque de la domination génoise, les toponymes corses ont été fixés selon des conventions graphiques toscanes. Cette transcription est aujourd'hui contestée, au nom de la corsisation des toponymes. C'est pourquoi désormais figurent sur les panneaux de signalisation le même nom en graphie toscane —qui représente la forme officielle— et en graphie corse.

La langue de la mer

En matière de langue, la mer fait souvent plus lien que frontière. Cela est particulièrement vrai entre la Corse, la côte toscane et les îles de l'archipel toscan, et cela est vrai par-dessus tout dans le domaine de la pêche. Les variations qui s'observent sur les cartes sont dues davantage aux conventions orthographiques de chaque communauté qu'à des différences linguistiques véritables.
Source : CD-Rom Mare è pesca
Editions Alain Piazzola
20000, Ajaccio.

Source : CD-Rom Mare è pesca
Editions Alain Piazzola
20000, Ajaccio.

Source : CD-Rom Mare è pesca
Editions Alain Piazzola
20000, Ajaccio.

La langue d'Ajaccio

Insérée dans la Corse du sud, la variété de langue ajaccienne en partage globalement toutes les caractéristiques.
Elle se distingue cependant —comme c'est souvent le cas des milieux urbains— par un certain nombre de traits qui lui sont propres. Ainsi, à Ajaccio, on dit cane "chien", accattà "acheter" et non ghjacaru, cumprà, comme dans les villages avoisinants; on prononce ellu "lui", ella "elle", et non eddu, edda, comme dans l'ensemble de la Corse du sud.

Le mot carrughju "rue" (du latin quadruviu), diffusé par la république de Gênes, est également propre au milieu urbain: carrughju drittu désigne l'ancienne grand-rue d'Ajaccio, l'actuelle rue Bonaparte.

Une autre particularité de la prononciation ajaccienne consiste à couper certains mots sur la syllabe accentuée: marinà pour marinari, "pêcheur", panatté pour panatteri "boulanger", casté pour castellu "château" (qui désigne la citadelle), cuchjà pour cuchjari "cueillère" etc…
Enfin, en ajaccien, on prononce sabbitu "samedi" et non sabbatu, et ghi lu dà pour u li dà "il le lui donne".

Auteur

Madame Marie-José DALBERA-STEFANAGGI, Professeur des Universités
Université de Corse.
 




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