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Les chants traditionnels



La polyphonie est la référence traditionnelle la plus expressive, la plus ancienne et la plus mystérieuse, qui, transmise oralement, a accompagné le quotidien des générations de paysans montagnards corses.
L'évolution a voulu que de nos jours peu d'initiés soient capables d'interpréter les chants profanes et sacrés du patrimoine polyphonique de la même manière que les anciens. Chaque région, chaque village a sa façon de chanter. Cette diversité de mélodie appelée versi constitue à la fois une richesse mais aussi une identité micro régionale. Dans la polyphonie le profane et le religieux sont fondamentalement liés. Il est plus fort et plus intense d'interpréter le sacré qui puise son énergie dans les croyances d'hier et d'aujourd'hui. La polyphonie, étant le reflet d'une forte identité culturelle, a énormément servi aux mouvements revendicatifs.

Les trois voix de base de la polyphonie corse sont la seconde a seconda, la basse u bassu et la tierce a terza. La paghjella est considérée comme le plus ancien des chant polyphonique, bien que origines n'aient jamais été démontrées, ensuite vient le terzettu puis le madrigale. Même les chansons d'air musical sans spécificité polyphonique étaient interprétées à 3 voix e curente ou curentine. Les chants religieux sont beaucoup plus soignés et plus travaillé.
 

Voici maintenant un inventaire détaillé, par thème,  des chants traditionnels Corse :


Chants liés à la mort

Les chants traditionnels
U LAMENTU (complainte)
C'est une complainte, un chant d'absence et de déploration qui n'est pas forcément lié à la mort.

U VOCERU :
C'est un chant funèbre improvisé au chevet d'un défunt. Il est réservé aux femmes.
On distingue deux VOCERI :
Le Vocero  (pour mort naturelle) est un gémissement sorti d'un coeur éploré, il est gracieux et poétique.
Le Vocero (pour mort violente) est sauvage et emporté.


A BADDATA :
C'est une plainte funéraire réservée aux femmes et improvisée en public au chevet du défunt.

Chants liés à la vie

E NANNE (les berceuses)
Ce sont des berceuses destinées à endormir les enfants. Elles sont considérées comme des micros poèmes

Chants liés au travail

A TRIBERRA (Battage)
Elle désigne à la fois un travail et un chant. C'est un invocation conjuratoire sur le motif de l'abondance, des dérivés autour du mot tribbiu (grosses pierres cylindriques) ou encore sur le nom des animaux..
Encore récemment, on pratiquait le dépiquage du blé en faisant circuler à l'intérieur de l'aghja (l'aire), un attelage de deux bœufs traînant les gerbes u tribbiu. Intégré dans le cycle saisonnier, a tribbiera est un rite agraire.


A PISTERA (broyage, pillage)
C'est un chant répétitif et scandé, rythmé par le fait de frapper le sac en toile ou en peau contenant les châtaignes séchées sur un pierre circulaire pour les écosser.

Chants liés à l'amour

Les chants traditionnels
Voix seule :
A SIRINADA (la sérénade):
Monodie à argument amoureux. Le chant est à une seule voix accompagné ou non d'un instrument (guitare, violon). La mélodie n'offre pas de spécificité marquante.

Voix accompagnée :
A CURRENTE :
Chant profane dont l'argument est souvent amoureux. C'est une forme dialoguée voix/violon qui présente un intérêt musical certain.

Forme alternée :
U CHIAMA E RISPONDI (appel et réponse)
C'est une joute entre deux improvisateurs sur un thème donné, dont l'un appelle et l'autre répond.

U CUNTRASTU (dispute, différend)
Chant profane qui lie exceptionnellement les voix masculines et féminines.

A MORRA
C'est un jeu de hasard chanté, sur le temps où le corps (la voix, le regard et la gestique) est le seul instrument et le nombre le seul argument.

Polyphonies  :
A PAGHELLA :
Chant populaire à deux voix, mais aussi, et le plus souvent, à trois voix (seconde, basse et tierce), cette tierce permet de grandes libertés, en se plaçant parfois à la sixte, comme dans les faux bourdons du VXI siècle.
La Paghélla est un chant tout à fait spécial. La deuxième voix débute en solo, puis vient la tierce, suivie aussitôt de là basse. C'est une survivance des chants populaires polyphoniques.
Le plus usitée est celle qui consiste à une reprise en choeur des deux derniers vers d'une strophe. Il n'y a ni auteurs ni compositeurs connus. Ce chant est né dans la solitude et la quiétude de nos montagnes. Chose curieuse, les Corses ne mêlent presque jamais plus de trois voix, la deuxième demeurant prépondérante, celle-ci commence seule, monte par demi-tons, s'arrête, repart, accompagnée par la basse. Un deuxième arrêt, la troisième voix s'unit à la moyenne et à la basse. La mélodie grandit, puis lentement, décroît et meurt sur une note longue, tendue.


U TERZETTU  :
Comme la paghjella, c'est un chant à trois voix qui suivent l'ordre d'entrée seconda, bassu, terza. Le motif poétique est cependant plus présent que dans les paghjelle et la structure du chant est versifiée avec groupement de trois vers (terzine ou strufate).   

U MADRIGALE :
C'est une sorte de polyphonie profane à argument souvent amoureux.
Il induit une technique vocale plus maîtrisée que pour a paghjella. 

Chants liés à la liturgie

Les chants traditionnels
I CANTI CHJESALI (les chants d'églises ou chants pieux)
Ce sont les chants de messe.
Le corpus en chant liturgique et para-liturigique est relativement riche : messa di i vivi (messe des vivants), di i morti ( des morts), i canti per a settimana santa (les chants de la semaine sainte) i canti di a procezzione (les chants de la procession) et enfin l'hymne Corse, Dio via save Regina (je vous salue Marie).
Les chants se chantent à trois voix qui respectent le schéma d'entrée seconda, bassu, terza.

Références Bibliographiques

Salini Dominique , «Musique traditionnelles de Corse», A Messagera/Squadra di u Finusellu, Avril 1996.
Philippe Jean Catinchi, « Polyphonies Corses », Editions Cité de la musique, 1999. Revue l'Origine, Février 1993.